Mettons un terme aux maîtres

Faire le point sur l'actualité récente, une vision alternative aux media à la solde du pouvoir

12 juin 2008

Coréé du Sud: Entre consommer et la santé, il faut choisir

Après cent jours de pouvoir, le président sud-coréen Lee Myung-bak doit faire face à une crise majeure de pouvoir. Elu en décembre 2007 avec 48,7 % des voix, le président, qui a pris ses fonctions le 25 février 2008, est désormais au plus bas dans l’opinion publique.

Tout a commencé quand ce dernier a eu la bonne idée de recommencer à importer du boeuf américain, ces importations avaient étés interrompues en 2003 à cause de la crise de la vache folle. Cette reprise des importations étant une condition préalable à la ratification de l’accord de libre-échange signé un an plus tôt, par le président de la République d’alors, M. Roh Moo-hyun. Avant 2003, la Corée du Sud importait 850 millions de dollars de viande bovine, ce qui en faisait le troisième marché mondial pour les producteurs américains.

Mais entre le devoir de consommer et la santé, les coréens ont choisis. Pourtant, le président Lee en personne est monté au créneau. Pour tenter de rassurer les Coréens, il a fait état d’un échange téléphonique avec M. Bush, qui lui aurait promis de s’assurer que le bœuf exporté serait sain. Mais les découvertes effrayantes des médias ne sont pas allés dans ce sens.

Selon la chaîne coréenne MBC, 15% des estimations d’âge de bovins aux USA sont erronés. De plus une société de protection des animaux américaine, The Humane Society, réalisa un reportage en caméra cachée montrant des animaux malades ou incapables de marcher correctement littéralement poussés dans les abattoirs par des chariots monte-charge. Selon le journal USA Today du 9 mai 2008, moins de 1% des animaux sont dépistés. Pire un abattoir américain tel que Creekstone Farms ayant voulu tester 100% des bovins pour la présence d’ESB fut dans l’impossibilité légale d’effectuer ce dépistage! Pas étonnant que les gens ne veulent pas manger du boeuf américain!

Ainsi, face aux protestations populaires, des syndicats et de l'opposition, le gouvernement présentait sa démission le 10 juin 2008. Les ministres de l’agriculture et de la santé devraient être limogés. La presse de Séoul parle également du remplacement du ministre de l’éducation ainsi que de celui des affaires étrangères.

Mais tout ceci c'est déroulé dans un climat social déjà très tendu. Les chauffeurs routiers ont voté la grève pour protester contre la hausse des prix des carburants. Le syndicat KCTU devrait, dans les prochains jours, lancer un mot d’ordre de grève générale dans le secteur automobile. Le syndicat appuie les actions menées contre la privatisation des services de l’eau.

Je tiens juste à remarquer que cette crise politique s'inscrit dans un contexte de crise internationale. Dans les pays « développés », les côtes de popularité des gouvernements sont aussi bas que les pouvoirs d'achats, des émeutes de la faim dans les pays « en voie de développement », prix du pétrole élevé, xénophobie, dérèglement climatique et pollution, surpêche... il devient impossible de pouvoir dresser la la longue liste de ce qui ne va plus.

Une révolution s'impose!!!


Signé : Le Gitan

Posté par canous à 14:16 - Géopolitique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


30 mars 2008

Kosovo

Le 17 février 2008, le Kosovo déclarait son indépendance, du côté serbe les réponses ont été très promptes. Belgrade décide de rappeler les ambassadeurs de tous les pays ayant reconnu l'indépendance du Kosovo, d'appliquer un embargo sur le Kosovo, et menace d'envoyer l'armée si elle juge que la population de ses enclaves est menacée. Pourquoi cette petite région de L'Europe déclenche-t-elle depuis maintenant 10 ans autant de problèmes ? Même si le Kosovo est peuplé de 90 % d'albanais, les Serbes la considèrent comme le berceau de leur civilisation, comment peut-il en être ainsi ?

Intéressons-nous à l'histoire de cette région. Les albanais sont les descendants des Dardaniens, une branche du peuple illyrien qui dominait les Balkans au XXe siècle avant Jésus-Christ. La langue albanaise dériverait de l'ancien Illyrien. Sous la domination de l'Empire romain, les Albanais adoptent aussi l'alphabet latin. Sous la domination ottomane, ils se convertissent à l'Islam. Les Serbes sont eux un peuple slave, avec un alphabet cyrillique, et de religion chrétienne orthodoxe. On observe donc que les Albanais et les Serbes sont deux ethnies différentes.

Cependant, même si les Kosovars ne sont pas des Serbes, est-ce que la région du Kosovo fait partie de la Serbie ? Sous l'empire illyrien, le Kosovo est Dardanien. À la fin de l'Empire romain, le Kosovo est successivement envahi par les Slaves et par l'Empire byzantin. En 1355, la majeure partie du Kosovo se trouve alors sous la domination du prince serbe Vuk Branković. Pour faire face à l'expansion ottomane, une grande alliance se forme sous l'égide du royaume de Lazar. C'est lors de cette grande alliance que l'identité serbe s’est vraiment formée (le royaume de Lazar ayant donné la Serbie), et l'histoire de la Serbie débute à cette période, notamment en 1389 lors de la grande bataille du champ des merles (Kosovo polje en serbe), qui vit la victoire et l'invasion de l'Empire ottoman. Cette grande bataille est donc très symbolique pour les Serbes, au point que beaucoup d'entre eux pensent y avoir repoussé l'Empire ottoman. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Serbie se voit reconnaître son indépendance, il s'en suivra quelques années après le rattachement du Kosovo à la Serbie. Ce dernier est ensuite ré attaché à l'Albanie sous l'Italie fasciste, et ré attaché à la Serbie sous la Yougoslavie de Tito. On peut donc remarquer que le Kosovo a toujours « voyagé » d'un côté et de l'autre de la frontière albano-serbe.

Le régime de Milsovic a été très dur avec les séparatistes kosovars, il a fait voter l'annulation de l'autonomie kosovare accordée sous Tito le 23 mars 1989. Face à cela, le 2 juillet une majorité de députés chassés du parlement publient une constitution et déclarent le Kosovo comme une république indépendante, et Ibrahim Rugova remporte les élections clandestines lors du référendum d'octobre 1991.

C'est dans ce climat qu'en 1997 l'armée séparatiste kosovare (l'UCK) s'équipe et entreprend de commencer une guérilla contre l'armée serbe au Kosovo. Il s'en suit une vive répression serbe, et le massacre de familles présumées de guérilleros. Le début de la serbisation du Kosovo a commencé, et plus de 250 000 réfugiés quittent leur région pour aller dans les pays voisins (Albanie et Macédoine), ou vers d'autres pays comme la Suisse. Face à cette répression, l'OTAN s'oppose à la Serbie et bombarde des postions stratégiques Serbes : c'est la guerre du Kosovo qui fera 800 000 réfugiés albanais, et des dizaines de milliers de morts. Le 10 juin 1999, la Serbie abdique, et la résolution 1244 de l'ONU est votée. Elle placera le Kosovo sous la régence de la MINUK (Mission d'Intervention des Nations Unies au Kosovo), et sous protection militaire de la KFOR (Kosovo FORces).

Depuis, nous pourrions imaginer une amélioration de la situation, ce serait sans compter sur la gestion économique pitoyable de l'Union européenne. En continuant avec obstination dans le délire ultralibéral, l'UE a livré la très faible économie kosovare à l'impitoyable concurrence du marché. En nationalisant les rares petites entreprises, celles-ci n'ont pas pu résister aux géants des marchés mondiaux. Et pourtant, le Kosovo est un pays très riche, les régions montagneuses du pays recèlent du lignite, du plomb, de la bauxite, du nickel, du cobalt, de la magnésite, et même de l'or. Cependant, la privatisation de ces mines a été un véritable bradage, car aucun investisseur ne voulait prendre de risques dans cette région. Les repreneurs ont ensuite licencié la plupart des employés, et beaucoup de gisements restent inexploités faute de subventions suffisantes. De plus, les grandes plaines qui ont toujours fait du Kosovo un grand pays agricoles, ont été rendues improductives par l'aide financière parvenue presque exclusivement sous forme d'aide alimentaire, démolissant ainsi l'agriculture locale. Le reste du plan Marshall n'est jamais parvenu, et a atteint les 2 milliards d'euros en dix ans.

Le bilan est donc déplorable, le chômage est de 45 %, et atteint 98 % dans certaines campagnes. La population vie toujours dans des maisons bombardées pendant la guerre, soit 9 ans plus tôt. Quelques routes ont été reconstruites, mais le paysage est toujours le même depuis les bombardements. Quant au PIB, il ne dépasse pas les 2,4 milliards d'euros pour une population de 2,1 millions d'habitants, soit 10 fois moins que la Bulgarie. Les ressources de ce pays sont principalement l'argent de la diaspora qui s'élève à 40 % de PNB. La balance commerciale est catastrophique, le pays importe dix fois plus que ce qu'il importe. Et avec seulement 30 % de la population pouvant se payer les tarifs d'une l'électricité qui ne font qu'augmenter, de très nombreuses coupures d'électricité se font dans tout le pays, ce qui rend impossible la reprise de l'économie, comme le témoigne un habitant de Pristina qui a voulu monter son entreprise de fabrication de caoutchouc après la guerre, ses fours doivent préchauffer pendant 6 heures, ce qui est impossible avec des coupures toutes les deux heures. Une économie souterraine s’est donc formée, le Kosovo est devenu la plaque tournante de la drogue, de la contrebande de cigarette et de prostitué en Europe.

La situation déplorable qui perdure amène de nombreuses tensions entre les populations serbes et albanaises, notamment celles de printemps 2004. La KFOR a donc pour principal objectif de protéger les minorités serbes, celles-ci étant au nord du pays, sous protectorat de la Serbie ou dans des enclaves au centre du pays, la situation dans ces enclaves est pire qu'ailleurs, car la population est coupée de tout, parfois même entouré de fils barbelés. En effet, la monnaie courante dans ces enclaves est toujours le dinar serbe alors que dans le reste du territoire, la monnaie en vigueur est l'euro.

Pour en revenir à la situation actuelle, la Serbie se méfie du Kosovo et notamment de son président Hashim Thaci, ancien membre de l'UCK, et ayant plusieurs liens avec la pègre kosovare. Mais, ce dernier affirme qu'il s'engage à respecter les minorités locales (notamment les serbes), qui sont la clé de la stabilité du pays. Il faut aussi savoir que les populations sont très lasses de tous ces conflits, et ont hâte de tourner la page, même si quelques cas isolés ne démordent toujours pas. Le problème des frontières mal découpées se fait aussi sentir, les albanais rêvent d'une grande Albanie avec le Kosovo et une partie de la macédoine peuplée par une majorité d'albanais, et les serbes aspirent au rattachement de leur enclave serbe du nord du Kosovo, et du rattachement de la partie serbe de Bosnie Herzégovine. Et tant que ce climat n'évoluera pas, beaucoup de personnes continueront à vivre dans la frustration, et les nationalismes continueront à grandir.


Signé: Le gitan

Posté par canous à 17:54 - Géopolitique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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